Cet article a été co-écrit avec les membres du Lab.Transition Goodvest, Spirica, Suravenir du Lab.Transition et Laure Mazzoleni-Robin de E5T.
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Levier 1. Donner du sens à la durabilité par le choc émotionnel et l’alignement avec les valeurs individuelles
Le backlash réglementaire actuel montre une réalité clé : un modèle économique ne se transforme pas par injonction réglementaire. Le levier réglementaire, s’il structure, ne mobilise pas. Pour embarquer durablement, il faut connecter la transition à ce qui fait sens pour chacun : ses valeurs, son métier, son rôle, son identité professionnelle ou personnelle. Autrement dit, passer d’un cadre technique à une démarche humaine.
La prise de conscience constitue donc la première étape. Elle repose sur une dynamique émotionnelle progressive : tête → cœur → corps. Comprendre intellectuellement les enjeux ne suffit pas. Il faut aussi les ressentir pour avoir envie d’agir, puis intégrer l’action dans ses pratiques. C’est le rôle que joue par exemple la CEC (Convention des entreprises pour le climat).
Le prisme de l’enfance constitue un déclencheur puissant : il ouvre un espace d’émotions et de projection qui accélère cette bascule cognitive. Voir les enjeux à travers les yeux des enfants agit comme un électrochoc. Plusieurs initiatives engagées ont retenu cette approche, comme le manga sur l’efficacité énergétique publié par l’association E5T.
Levier 2 : Ancrer la durabilité dans la stratégie et la gouvernance
La transformation durable doit s’inscrire dans la stratégie d’entreprise, être intégrée dans les processus et pilotée dans le temps. Si le Comex n’y croit pas, la transformation ne tient pas.
Dans cette logique, un cadre structurant, comme celui de la société à mission, devient un levier puissant. Il engage l’entreprise à aligner son modèle d’affaires avec ses engagements. Cette approche mobilise naturellement le Comex mais pas seulement. Le comité de mission, qui inclut des membres externes, introduit un regard indépendant et exigeant qui pousse l’organisation à progresser et à endosser pleinement ses engagements. Ainsi chez SeaBird, notre comité de mission enrichit nos réflexions et nous pousse à innover.
Levier 3 : Former et mettre en capacité
Une fois définies les orientations stratégiques, l’enjeu consiste à passer de “je sais que c’est important” à “je suis capable d’agir”.
Dans un projet qui entraîne des changements, il faut s’assurer que les collaborateurs comprennent et s’approprient la stratégie pour se retrouver en capacité d’agir. Mettre en place les changements passe par l’instauration d’un cadre de confiance et la mise à disposition de moyens (Kurt Lewin).
La formation constitue un levier incontournable. Donner aux collaborateurs les compétences nécessaires pour s’approprier la stratégie de transition est essentiel pour inscrire durablement le changement dans les pratiques. C’est l’approche adoptée par Suravenir : intégrer progressivement les enjeux et risques ESG dans l’ensemble des métiers. La fonction finance durable dédiée à la coordination et à l’investissement responsable étant assurée par deux personnes, cela rend indispensable l’implication du collectif.
Produits financiers durables : des efforts de pédagogie…
Cet effort de montée en compétence ne s’arrête pas à l’interne. Goodvest a fait de la pédagogie un pilier de sa mission, afin de démocratiser auprès des épargnants la compréhension des produits durables.
Suravenir a également investi ce champ en formant toutes ses parties prenantes (dont les conseillers et les sociétés de gestion). Le spécialiste de l’assurance vie, de la prévoyance et de la retraite a en outre réalisé de nombreux supports pédagogiques, disponibles librement sur les réseaux sociaux, sur les unités de compte durables et la transition environnementale pour qu’ils puissent les valoriser auprès des clients.
Spirica a fait ce même choix, en concluant un partenariat avec les « Feuilles Volantes » pour produire des infographies pédagogiques sur les PER. La compagnie d’assurance vie a aussi produit des vidéos pédagogiques avec My fenix pour démocratiser au maximum la finance responsable auprès du grand public.
… déterminants dans les comportements des épargnants
Cet enjeu de pédagogie s’avère déterminant. Selon la 6ᵉ édition du baromètre CPRAM/Insight AM publié en 2025, quand les épargnants se déclarent bien informés sur les enjeux ESG, 76 % d’entre eux investissent dans des fonds liés à la transition écologique. Cette proportion tombe à 30 % pour les épargnants non accompagnés.
En formant les parties prenantes, comme l’a fait Suravenir, ou en vulgarisant les enjeux comme Goodvest ou encore en publiant un rapport extra-financier pédagogique auprès de leurs partenaires comme Spirica, les acteurs du secteur peuvent rendre les produits durables compréhensibles, lever les doutes, pour permettre à l’épargnant d’avoir confiance. Sans cette compréhension, l’offre reste abstraite, et l’investisseur ne passe pas à l’acte.
Levier 4 : Privilégier une approche progressive et inclusive de la transition
Au-delà de l’embarquement des collaborateurs en interne, l’un des principaux leviers d’impact des assureurs et des acteurs financiers réside dans la transformation de leurs portefeuilles d’investissement, qui constituent un périmètre central de leur modèle d’affaires et un vecteur majeur d’influence sur l’économie réelle.
Dans cette perspective, la transition ne peut reposer uniquement sur des politiques d’exclusion, qui, si elles constituent un premier filtre utile, doivent être complétées par des démarches d’accompagnement pour faire évoluer les pratiques. En tant qu’investisseur institutionnel, l’enjeu est avant tout de privilégier l’accompagnement des entreprises et des gérants, en construisant des trajectoires de transformation crédibles, pilotées et transparentes.
Suravenir illustre cette approche en associant sa trajectoire de décarbonation à un suivi fin de l’empreinte carbone de ses investissements, avec une lecture par secteurs à fort et à faible impact climatique, afin de s’assurer de continuer à financer l’ensemble de l’économie.
Dans la continuité de cette logique d’accompagnement, Suravenir s’appuie également sur le cadre VFM pour piloter et faire évoluer son offre de produits : certains fonds non classés VFM ont ainsi été maintenus au regard de leurs pratiques jugées plus vertueuses. De plus, Suravenir a initié la création de produits structurés répondant à la définition de la transition environnementale, en réponse aux attentes du client final, contribuant à orienter l’offre de marché vers des solutions à la fois responsables et performantes.
C’est en rendant visibles et transparents ces modes d’accompagnement — notamment au sein des fonds Article 8 — que les acteurs financiers peuvent éviter le greenwashing, renforcer la pédagogie auprès des investisseurs et générer un impact réel sur la transition.
Levier 5 : Créer une dynamique d’écosystème : “on ne transforme pas seul dans son coin”
Pour fonctionner, la transformation durable doit être collective, décentralisée et interconnectée. Elle doit porter sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Personne ne peut transformer seul. Créer cette dynamique d’écosystème tient en grande partie à la proximité avec ses parties prenantes.
Parmi elles figurent des ONG. Reclaim Finance, par exemple, dans ses recommandations aux assureurs vie à l’ère de l’urgence climatique (décembre 2025), alerte sur le fait que les assureurs-vie français continuent souvent à déléguer leurs fonds à des gestionnaires d’actifs engagés dans le financement d’activités fossiles. Ce type de rapports met en lumière les incohérences et encourage la transparence. Il constitue ainsi un levier pour accélérer la transition financière.
Instaurer un dialogue avec le régulateur
Le régulateur joue également un rôle déterminant. Des acteurs, comme Goodvest, cherchent activement à nourrir le dialogue avec lui afin de faire remonter la réalité du terrain, qu’il s’agisse des limites du cadre actuel, des difficultés rencontrées ou des risques de greenwashing. Leurs prises de position, notamment via des lettres ouvertes de dirigeants adressées aux autorités, contribuent à interpeller l’écosystème et à encourager une évolution des règles plus exigeante mais aussi plus opérationnelle.
Engager les réseaux de distribution
Enfin, le véritable « nerf de la guerre » reste la distribution : conseillers en gestion de patrimoine, bancassureurs, courtiers et plateformes. Ce sont eux qui orientent les épargnants, donnent de la visibilité aux produits et créent l’acte d’investissement. Leur mobilisation passe par plusieurs étapes : conviction, formation, accompagnement, échanges réguliers. Tous n’ont pas le même niveau de maturité — certains intègrent la finance durable parce que la réglementation l’impose (DDA, MIFID II), d’autres parce qu’ils y voient un levier stratégique. Les formations certifiantes, les supports pédagogiques ou encore le rôle des équipes commerciales lors d’événements-clés deviennent alors essentiels pour ancrer les pratiques.
C’est ce tissu d’acteurs variés qui constitue la vraie épine dorsale de la transformation. C’est en s’appuyant sur cette diversité que l’on peut espérer atteindre un point de bascule crédible, durable et collectif.
Levier 6 : S’appuyer sur les territoires et les partenariats pour innover
Les PME, ETI et start-up présentes dans les territoires sont souvent des moteurs d’innovation, notamment sur les enjeux de durabilité. Elles développent des solutions concrètes pour la transition : efficacité énergétique, biodiversité, économie circulaire, agroécologie, industrialisation bas carbone. Pour passer à l’échelle, elles ont besoin de s’inscrire dans un écosystème : coopérer avec des acteurs variés, mutualiser les compétences et accéder à des financements adaptés.
Pour les investisseurs institutionnels, la question est stratégique : comment identifier, soutenir et financer ces innovations territoriales ? Ces entreprises manquent souvent de visibilité, d’accès aux réseaux et de financement patient, alors même qu’elles portent des solutions clés pour la transition.
Les niveaux de maturité ESG varient fortement d’un territoire à l’autre. Ce décalage rend indispensable la mise en relation, le partage d’expérience et l’apprentissage collectif — principes au cœur de la CSRD et de l’ODD 17, qui appelle à renforcer les partenariats. Le rôle des investisseurs devient alors déterminant : détecter les signaux faibles, structurer des passerelles de financement et créer les conditions pour qu’une innovation locale devienne un modèle réplicable.
Des acteurs territoriaux comme E5T l’illustrent en allant au cœur des territoires pour mettre en relation investisseurs, entreprises innovantes, collectivités, talents ou futurs partenaires. Ils agissent comme catalyseurs : ils rendent visibles les projets, nourrissent la confiance et accélèrent la rencontre entre besoins et capitaux.
Mesurer les effets de ces leviers
Embarquer tout ou partie de son écosystème constitue une étape clé. S’assurer qu’il continue à contribuer, à relayer, à transformer, sans s’essouffler en est une autre. Cela pose la question d’un pilotage plus structuré de la dynamique collective : mesurer l’adhésion, suivre la montée en maturité ou encore repérer les relais efficaces.